Il était 3h10.
Je m’en rappelle, dans la nuit.
Une soirée ordinaire. Rien de plus.
Je déambulais sur la rue Mont Royal, ayant engloutie une quantité d’alcool. Mais aucun des verres n’avaient su m’exposer à ma vulnérabilité.
Et je vous ai laissé là sans rien dire. Habitués de me voir quitter sans vous avertir.
Je m’étais regardée une heure plus tôt dans le miroir, avec ses autres filles.
Je ne m’aimais pas ce soir là, mon sourire n’y était pas. Mon corps bougeait mais je ne réagissais à rien. J’avais sans doute l’air inerte. Des membres inertes sur un plancher de danse, j’ai décidé de me sauver.
J’ai marché longtemps, trop peut-être. Avant de croiser le taxi dans lequel je voulais me faire promener. Parler de sujets inintéressants avec un chauffeur chaleureux, trop. Me laissant son numéro dès que je mis le pied hors de celui-ci, un chauffeur privé, qu’il m’a dit. Tu n’auras qu’à m’appeler les prochains soirs de bars, qu’il m’a dit. Une carte, un numéro, un nom. Trop encore trop.
J’ai mis le pied chez nous. Espérant être seule. Ou qu’ils dorment. Ma sonnette a retentit, mon colocataire m’attendant dans le haut des marches, titubant. J’aurais aimé l’éviter, ce soir là. Des souliers sur le tapis du paillasson, un autre homme utilisant notre salle d’eau. Le coloc m’expliquant ses péripéties, que l’autre (colocataire) ne coucherait pas ici. Chez un tel, me dit-il. L’homme sortant. Me saluant. Moi regardant ses souliers, de piètre qualité (j’ai un problème avec les souliers, certains me diront). Le fixant par la suite, sans trop savoir quoi lui marmonner. Entendre des gens s’aimer, trop pour moi en cette soirée.
J’ai mis la musique forte. Yann Perreau en fond. M’endormir sur sa voix. Oublier les hommes à une porte se donnant de l’affection. J’ai dormi. Jusqu’au matin. Matin tard. Et quand je me suis éveillée, le message était encore là. Je ne sais plus. Je ne sais pas.
