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Elle n’avait toujours pas préparé le diner. Elle ouvrit le robinet, se lavant les mains pour la énième fois. Pris la patate à ses côtés et la pela. Elle l’éplucha avec vivacité, elle désirait lui déchirer la peau la recouvrant. La développer de se qui la paralysait et la déshabiller pour enlever toutes traces de ce qui lui restait de sa pudicité. Elle ne s’avait pas trop à quoi penser, elle croyait avoir réfléchie à ce qui la préoccupait déjà. Ses humeurs étaient neutres et sa tête, ses gestes s’avéraient à l’être tout autant.
Elle découpa les légumes, un à un, armée de son couteau. Elle aimait faire des piles. Des piles de saveurs disait-elle. Ça lui semblait plus clair, plus ordonné sans réellement l’être. Dans ces montagnes, il n’y avait pas de priorité, contrairement aux fameux livres de recettes qu’elle aimait se départir. Elle croyait tempérer les choses, ça lui donnait l’apparence d’être méticuleuse.
Elle sortit la poêle. Sur le beurre encore tenace, elle y jeta les oignons, les poivrons et les haricots. Elle était inappliquée et évaporée, aimant mieux contempler au-dehors. Son téléphone avait frémis à l’extrémité du comptoir. Mais le crépillement des légumes semblait lui avoir fait échapper l’appel qu’elle aurait voulu recevoir plus tôt.
Elle éplucha le restant des carottes du sac. Elle préférait les découper d’avance, pour se sauver du temps. C’était sa façon à elle de se faire plaisir. Heureuse de tout. Malheureuse de rien. Elle ne voulait rien laisser au hasard. Pour les autres, pour elle, c’était plus simple.
Elle prit les assiettes, celles qu’elle maintenait pour les grandes rencontres. Couvrit la table d’un par-dessus rouge, sortit de son vaisselier les coupes des occasions trop souvent manquantes et la coutellerie la plus reluisante. Tout se présentait parfaitement.
Elle retourna au lavabo. Se lava les paumes, les doigts, les poignets pour une dernière fois. Puis, vida le liquide rouge que contenait l’évier. La femme s’étendit de son long sur le plancher de la cuisine, parmi les légumes qui sautillaient sur le rond et l’amertume qui régnait dans la pièce.