Elle aurait aimé ne pas connaître.

Source : www.ffffound.com

À contre-champ, elle voyait. À l’horizon, elle décuplait les allégories des traits humains. Au ciel, elle créait son monde, elle évitait de dévisager ceux se tenant devant elle. Ou, elle agissait bêtement en regardant les pieds, les souliers, les mollets, les tibias pour éviter de les contempler. C’était sa manière à elle, sa manière de les classer un à un. Si la base ne lui plaisait pas, elle ne pouvait examiner plus haut.   Elle classait les humains, comme elle classait ses vinyles, par ordre de préférence. Elle classait les humains, comme elle classait ses épices, par ordre de saveur. Elle classait les humains, comme elle étiquetait ses cartables, par matière. C’était par principe disait-elle. C’était pour éviter de tomber en amour trop souvent disait-elle. C’était pour son mieux disait-elle.

On ne l’a jamais crue. Vous l’auriez vue, on la croyait perdue. Perdue dans toute cette marre de monde. Cette marre qui l’anéantissait, qui la noyait, qui l’ensevelissait. C’était au-dessus de ses capacités. On ne l’a jamais crue. Se déclarant faussement libertine pour pouvoir couler les vêtements qui parsemaient son corps. Elle-même s’engloutissait dans son propre buste, dans ses paroles qui nageaient sur le parquet entre deux conversations flottantes. Elle ne se connaissait que de loin semblait-on dire.

Mais personne ne lui en voulait. Elle l’a su par après. Son cœur était si terne, si poussiéreux que tous désiraient le lui reconstruire de leurs propres brindilles. On désirait la voir se rallumer des cendres que chacun avait quelque peu participé à créer. On souhaitait que le brasier ne fût pas éteint, que ses pleurs n’aient pas essoufflé les étincelles qui y restaient.

Aujourd’hui on lui a parlé. Elle voudrait renaître aveuglée déjà. Elle aimerait renaître aveuglée pour tout entendre. Entendre le son du plaisir, le son du mécontentement, le son de la jeunesse, le son de l’amertume, le son de la nostalgie. Elle aimerait perdre ses repères et renoncer à tout voir.

De toute manière, on aime ce que l’on ne connaît pas ? Elle aurait aimé ne pas connaître. Il est trop tard maintenant dit-elle.

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