Je n’ai pas envie d’arrêter de me dire

Source : Irene L.

À défaut de boire tes paroles dans mon gobelet dépeuplé de son liquide, j’essaie de te faire taire. Mais alors que tu deviens muet, que de tes lèvres ne dessinent aucun mouvement pouvant amener à les déparalyser, je le regrette. Ta photo sur mon chevet ne te ramènera pas, ton image fixe ne te substituera pas, l’encre sur le papier ne se métamorphosera guère en ce que tu aurais pu m’être avant.

Et puis il y a ces courriels que je m’exaspère à lire, ceux même qui m’ont amené à vider mes yeux de leur humidité, ceux même que je me tente de rayer de mes indésirables. Aux relectures, car il y en a d’innombrables, je me sens renaître des pixels formant les mots que tes mains avaient tapiochés devant ton écran.

Il y a cette musique aussi, celle s’enchaînant à tous les jours dans les haut-parleurs de mes oreilles. Les pièces se décuplant dans mes tympans me ramenant aux souvenirs que nous avons alors partagés. Toi et moi couché, sur le matelas, vagabondant sur les airs mélancoliques de ces voix, riant et pleurant de devoir se quitter encore une fois. Toi et moi faisant l’amour en empruntant le rythme des battements de ses mélodies.

Il n’y a qu’une chose qui me console. C’est ce que j’écris maintenant : coucher sur papier des mots suscités par mon imagination pour les vivre une fois seulement en dehors de mon monde réel. Je tente de me  réconforter d’une manière virtuelle, pour échapper à mes perpétuelles séquestrations intérieures.

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