J’avais 21 ans. Un peu comme aujourd’hui. Un peu comme demain aussi.
Je ne sais pas… c’était un nombre important. Plus que la vingtaine, mais seulement de un. Rien d’entreprenant, rien de trop engageant pour une future femme. Pourtant…
J’avais 21 ans. Et il y avait cette pluie. Il pleuvait des cordes dehors. Et moi, je ne voulais pas quitter ma demeure. J’avais peur que les ficelles s’enroulent autour de mon cou et m’empêche de me prolonger. J’avais cette appréhension que même avec un parapluie au-dessus de ma tête, plus haut que mes pensées, je me ferais trempée. Je voulais rester asséchée, à l’idée de l’humidité, mon cœur frisait.
Alors il m’a fournit un imperméable, mon crâne y était camouflé.
Mais j’avais 21 ans et il y avait ces craques sur le trottoir, celles que j’évitais de croiser depuis longtemps. Elles me semblaient si profonde, j’étais persuadée d’y glisser. Une à une jambe à la fois. Mon corps aurait suivit, se rapetissant pour s’y couler simplement.
Alors il m’a porté sur ses épaules.
Mais j’avais 21 ans et il y avait ses mêmes épaules. Celles qui me transportaient depuis à peine 10 minutes. Ses largeurs, ses gabarits, ses forces, ses manières d’avancer, tout cela me semblait utopique. Mes mollets serrant avec vigueur, mes mains qui les tenaient avec virulence pour ne pas goutter d’eux. Je ne voulais pas retourner par en arrière, ni par en avant. Je ne voulais pas refaire une histoire, ni même en écrire une autre. Je voulais que le temps se paralyse, que la pluie cesse de remuer, que les craques s’emplissent.
Alors je l’ai quitté me disant que j’aurais dû y rester accroché.
